lundi 18 mai 2026

FUCK LA RÉSILIENCE


Cette semaine je me suis rappelé le film « La chambre du fils » de Nani Moretti. Plus exactement, c’est avec ma psy que ce souvenir est remonté, je ne me souviens plus à quel sujet et laquelle de nous deux y a fait allusion. 

C’est l’histoire d’une famille unie jusqu’à la tragédie qui vient les frapper, la mort accidentelle du fils. 

Ce film a reçu la palme d’Or à Cannes en 2001 et c’est réellement un chef-d’œuvre, un de mes films préférés. Et si je l’évoquais avec ma psy, il y a quelques jours, c’est qu’un passage de ce film m’a toujours marquée et fait rire. Giovanni, le père (interprété par Nani Moretti) est psychanalyste et, dans une scène où il reçoit un de ses patients touchés par un cancer, ce dernier, allongé sur le divan, lui explique combien il se bat pour rester debout, pour garder le moral. Il lui explique en long et en large tous les efforts qu’il mobilise pour lutter contre le cancer et attend de la part de son psychanalyste la phrase qui va valider ses espoirs en le questionnant sur le ton qu’on prend quand on attend un assentiment : « C’est cela qui va m’aider à m’en sortir, n’est-ce pas, docteur ? » Et là, c’est le moment du film qui est à la fois terriblement drôle et désespérant, Nani Moretti dans le rôle du psychiatre, dans le rôle du père qui vient de perdre son fils et écoute à peine son patient, lui répond : « Il ne faut pas croire que cela va vous éviter de mourir. Tous les patients que j’ai eus, et qui, comme vous se battaient et avaient un moral d’enfer, sont tous morts. Et puis j’en ai vu qui ne se battaient pas et qui finalement ont survécu. »  Ce ne sont pas les dialogues exacts, je cite de mémoire, mais c’est l’ambiance de cette scène qui est extraordinaire. Quand je l’ai rappelée à ma psy, on s’est retrouvées à rire toutes les deux. 

En 2001, l’année de « La chambre du fils », on était encore loin de la pensée positive, du développement personnel et de la résilience, mais Nani Moretti avait senti que tout ça, c’était de la fumisterie. 

Et si j’en parlais à ma psy ces dernières semaines, c’est parce que je voudrais hurler que je ne supporte plus qu’on me dise que je suis une guerrière, que tout ce qui ne me tue pas ne me rend pas plus forte et que je n’ai qu’un souhait, c’est retrouver ma zone de confort alors que des crétins payent des stages pour la quitter. Entre nous, je pourrais bien organiser des stages pour enseigner comment quitter sa zone de confort, je sais faire. Les stages, et comment quitter la zone. 

Il y a peut-être une seule chose qui m’a sauvée, c’est mon intuition, mais c’est inexplicable si on s’en tient à un raisonnement cartésien. C’est carrément affolant. 

Je veux bien aussi admettre que je suis obstinée, j’ai suffisamment fait chier autour de moi pour un jour en récolter les fruits et que personne n’y trouve à redire. Et c’est bien la première fois. 

Je suis sans doute courageuse, ma psy me l’a souvent dit, ça doit être vrai, même si ça ne me semble pas être une différence, ça me semble aller de soi. 

Le reste du temps, je me déguise pour faire illusion et je m’isole pour pleurer. Ce n’est pas nouveau, je suis bien entraînée par la vie, par les chagrins d’amour, par les douleurs des autres que je ne supporte pas, je préfère les miennes. 

Je pleure et je rigole sur mon mantra préféré : Fuck la résilience ! 


 

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