dimanche 17 décembre 2023

La préface

 



Lorsque j’écris, le seul doute que je n’ai pas, c’est celui de ne pas savoir ce que je vais écrire. Mais c’est bien le seul. 

J’écris sans aucun doute, mais uniquement tant que j’écris. 

C’est lorsque j’arrive au dernier feuillet, lorsque je sais que c’est terminé, que je suis assaillie par quantité de doutes. Jusqu’à récemment, celui qui prédominait était : «?Vais-je parvenir à convaincre une maison d’édition?? » Depuis cet été, ce doute a été levé et a évolué en : «?Je ne dois pas décevoir mon éditeur?». J’ai certes franchi une marche en matière d’angoisse, mais je ne suis pas encore parvenue à lever tous mes doutes et ce sera ainsi tant que j’écrirai, la crainte de décevoir ne me lâchera pas. 

Pour mon roman qui paraîtra au printemps, j’avais dû me battre pour aller au bout de mes démons, j'avais dû me battre pour ne pas céder et que le manuscrit reste écrit tel que je voulais qu'il le soit, j’avais dû me battre pour convaincre un éditeur et quand enfin la bataille a été gagnée et que je pouvais être heureuse et remercier ceux qui avaient soutenu mon texte, quand je pouvais enfin faire la paix avec mes doutes, je suis repartie à l’assaut. 

Je venais de terminer la lecture de l’essai du juge Denis Salas, « Le déni du viol » et emportée par la justesse de son analyse, j’avais commencé par lui écrire pour lui dire combien son livre avait été important pour moi et il m’est rapidement apparu évident qu’il devait préfacer mon roman. Je ne lui ai pas demandé ainsi, je ne lui ai pas dit qu’il devait le faire, mais j’ai certainement eu à son égard une forme d’insistance comme à chaque fois que je formule un désir. Il m’avait répondu en me disant qu’il serait heureux et honoré de rédiger une préface à mon roman. Et dès le lendemain de sa réponse, le doute s’est encore une fois emparé de moi. Qu’allais-je devenir s’il ne me répondait jamais ? Chaque jour, l’inquiétude revenait m’assaillir et me dire que je n’aurais jamais dû me coller de nouveau tant de doutes en sollicitant une telle validation. Je regrettais de ne pas avoir su savourer le bonheur de septembre et d’avoir tout bousculé par une ambition qui frisait la prétention et générait de nouveau tant d’angoisse. 

Ce vendredi matin, la préface du juge Denis Salas est arrivée dans ma boite mail alors que je buvais un café sur la place Nationale. 

Et c’était lui qui m’écrivait ses doutes ! Il ne savait pas trop s’il avait bien réussi cet exercice difficile, il me demandait de lui dire si ça allait… Et ça allait tellement bien ce qu’il avait écrit pour la préface de mon roman, que j’en pleurais sur la terrasse de l’Agora devant tout le monde.

Je ne pleurais plus mes doutes ni mes douleurs, je pleurais la reconnaissance de mon texte, la reconnaissance de mon écriture et la reconnaissance pour ma maison d’édition. Tertium Editions.