QUAND ON TOMBE AMOUREUX, ON SE RELÈVE ATTACHÉ
Boris Cyrulnik, éditions Odile Jacob
La résilience mise à toutes les sauces m’exaspérait au point que Cyrulnik lui-même m’a longtemps paru suspect, mais lorsqu’il y a un an et demi, dans son ouvrage, « Les Deux Visages de la résilience — Contre la récupération d’un concept », il déplore que le terme résolument tendance souffre aujourd’hui d’emplois abusifs et surtout de contresens et dénonce que la résilience fasse partie du processus de « développement personnel » et compte parmi les meilleures ventes des rayons en librairie, j’ai reconsidéré à la fois la théorie et l’homme.
J’ai donc lu son dernier essai sur l’attachement pour comprendre avec les mots de Cyrulnik la différence entre l’amour et l’attachement. Je savais que c’était deux concepts différents, mais l’avoir entendu ne me suffisait pas, je voulais le lire sur 300 pages, pouvoir revenir en arrière, pouvoir arrêter ma lecture et pouvoir la reprendre enrichie de la compréhension des premières pages. C’est la richesse de la lecture, se donner le droit et la possibilité de comprendre à son rythme, à celui qu’on choisit. C’est aussi la richesse de se sentir compris et d’être moins seul. On peut s’attacher sans avoir été amoureux, le coup de foudre existe et peut être dissocié de l’attachement et on peut aussi tomber amoureux et se relever attaché.
Et comme Cyrulnik est un neuropsychiatre, il nous explique sur plusieurs pages que ce ne sont pas les mêmes zones du cerveau qui sont stimulées par l’amour ou par l’attachement. Cette partie scientifique, qui pourrait sembler rébarbative pour les profanes, m’a passionnée parce que je me suis dit : « Alors, ça existe vraiment, le coup de foudre et c’est donc possible d’être attachée sans avoir été amoureuse. »
Mais ce que Cyrulnik dit de plus important, c’est que ce processus qui se met en route lorsque nous tombons amoureux et qui nous rend assez peu lucides sur nos agissements est exactement celui que les dictateurs provoquent sur une population et qui leur permet ensuite de prendre le pouvoir, adulés par un peuple amoureux.
Notre capacité à nous attacher, selon Cyrulnik, se définit dans l’enfance, selon que nous avons été élevés dans l’amour ou pas, selon que des liens sécurisants ont été tissés ou pas. Rien n’est irrécupérable, mais il vaut mieux avoir été aimé enfant pour être un adulte capable d’aimer ou d’être aimé. Ce sera plus facile. Je m’en doutais, mais j’ai aimé le lire.
C’est donc une lecture rassurante, dans le sens où elle offre une compréhension scientifique loin des récupérations sur le développement personnel publiées par des pseudos spécialistes qui ont bien compris qu’il suffisait de donner des recettes pour être plébiscités.
Les hommes politiques l’ont bien compris aussi.

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