Lorsqu’on écrit, on raconte des histoires, des histoires estampillées vraies, des romans qualifiés de fictions alors qu’ils racontent bien plus que les textes estampillés et garantis vrais.
On invente des personnages, on prévient qu’ils sont inventés alors qu’ils hantent nos vies et sont plus réels que dans la vie.
On nomme nos personnages avec des prénoms qui leur correspondent et qu’il faut s’approprier pour les aimer d’autant plus que, parmi ces personnages, il y a toujours celui ou celle qui incarne l’auteur, même quand le texte n’est pas écrit à la première personne.
J’envie Jean-Paul Dubois, qui avait dû anticiper le charivari qu’il risquait de provoquer dans ses neurones et qui a prudemment fait le choix de toujours s’appeler Paul quoi qu’il arrive.
Comme je n’ai pas eu cette sagesse, je me retrouve baptisée d’une multitude de prénoms. Une flopée telle que je ne sais plus me nommer lorsque je ne sais plus qui je suis — bien que la liste de mes parutions soit modeste —, mais, en revanche, il arrive souvent que je ne sache plus qui je suis. Au fil des réécritures, des relectures, des manuscrits abandonnés, de ceux à venir, de ceux en gestation, mes prénoms se sont ainsi multipliés ou parfois transformés au gré des modifications apportées lors de la relecture du texte. La fonction de Word : « rechercher et remplacer partout » est ma meilleure alliée !
Ma naissance avait anticipé ce gros fouillis puisque je devais m’appeler Sophie et que, finalement cela n’a pas été possible, le prénom était interdit et il a fallu m’appeler Véronique.
Je démarrais dans la vie avec un prénom de remplacement (mais sans l’intervention de Word), et un de mes oncles, qui n’avait jamais pu se résoudre à cette modification, m’a toujours appelée, « ma Sophie ». Mon père ne manquait pas de me le rappeler lui aussi, comme une erreur dont il ne se serait jamais remis.
Dans mon premier livre, un témoignage, je me suis donné le nom de Véra. C’était un stratagème pour que cela semble authentique, sans pour autant l’être complètement. Ensuite, cela a été Sophie pour tenter d’influencer le karma, mais cela n’a pas fonctionné et Sophie est devenue Rachel dans la version finale du roman. Dans une adaptation de ce texte pour le théâtre, j’ai renommé Rachel, Adèle. Il y a eu Aline aussi, mais elle est restée dans mon disque dur, et puis Suzanne, parce que c’est mon deuxième prénom. Dans le roman à paraître cet automne, c’est Paula. Parce que j’aime la peintre allemande Paula Becker et aussi parce que c’était mieux que Paulette. Dans le roman que je termine, c’est Judith. Judith, qui est juive, mais qui s’en fout, qui n’y pense jamais.
Et puis, il est advenu ce que je n’avais encore jamais envisagé. Qu’un autre me baptise d’un prénom de son choix et découvrir la semaine dernière, que je pouvais m’appeler Laetitia.
Un prénom que je n’avais jamais eu en tête.
Seulement avec Gainsbourg qui, sur sa Remington portative, écrit son nom Lætitia.
« C’est ma douleur que je cultive
En frappant ces huit lettres-là
Elaeudanla Teïtéïa »
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