mercredi 4 avril 2018

Personne n'a le droit de vous empêcher d'écrire.


"La peur d'avoir des pensées blasphématoires nous empêche de penser" Ali Magoudi Psychanalyste.
Charlie Hebdo - 4 avril 2018

"Personne n'a le droit de vous empêcher d'écrire."
C’est la deuxième première phrase que Lionel Duroy m’a soufflée.

Personne ne m’a interdit d’écrire et personne ne me l’interdira jamais car personne n’en a le droit ni le pouvoir. C’est ce que je me dis tous les matins, tous les soirs, toute la journée et tous les jours, inlassablement jusqu'à la nausée pour m’en imprégner, pour en être persuadée, pour en être convaincue. 
Cette conviction que j’ai faite mienne est maintenant bien ancrée dans mon cerveau et ce n’était finalement pas un exercice bien compliqué car j’en ai toujours été persuadée au point de ne jamais me poser la question de cette fonction qui est pour moi la continuité de mes pensées ; des doigts sur un clavier et des mots sur un écran. Bien avant le clavier et l’écran, je m’étais déjà convaincue avec un stylo et du papier.
Je dis souvent que l’écriture est un cadeau simple car il suffit de peu de matériel pour s’exprimer, un crayon et du papier suffisent alors que pour peindre il en faut un peu plus et même souvent vraiment beaucoup et terriblement plus. J’écris la fin de ma phrase en repensant au déménagement de mon atelier et au nombre de cartons que j’ai remplis, ça peut faire vraiment beaucoup de matériel.
Lorsque j’écris, c’est comme lorsque je peins, je pense au rythme des mots comme au rythme des couleurs et des formes sur ma toile, les mots s’enchainent entre eux et s’organisent, ils se lient comme les pigments ou se repoussent, c’est selon leur forme et leur place.
L’écriture si forte et si fragile aussi puisqu’il suffit d’allumer un feu et de l’y jeter pour qu’elle disparaisse. Les grandes dictatures ont commencé par brûler les livres avant de tuer les hommes, les mots étaient trop brûlants et il fallait les brûler pour qu’ils disparaissent.
«Là où l'on brûle les livres, on finit par brûler des hommes», ce sont les mots de l'écrivain et poète Heinrich Heine. 
La peinture brûle aussi et l’on pourrait la jeter dans le bûcher des livres, tout disparaitrait en quelques secondes de flammes ranimées par les essences et les liants des pigments, la peinture comme une sorte d’engrais pour le feu de l’écriture.
Ces libertés que sont l’écriture et la peinture sont si fragiles que je me surprends à les regarder avec une vraie tendresse de mère, je les cajole et les rassure en leur promettant que je serai toujours là avec elles, que jamais je ne les abandonnerai sur le chemin ni le les laisserai brûler. Ce sont mes petites, celles que je crée et auxquelles j’explique que chacune dépend de l’autre et que chacune est à l’origine de la naissance de l’autre. L’une sans l’autre n’existerait pas et l’une ne survivrait pas à la mort de l’autre et inversement, comme on dit et ce « comme on dit » ne doit pas laisser place à un soupçon de banalité, au contraire, ce sont deux vies liées comme par une sorte de cordon ombilical par lequel chacune nourrit l’autre.
J’ai parfois l’impression d’être une simple spectatrice de mon écriture et de ma peinture, elles vivent ensemble et parfois loin de moi, chacune défendant l’autre tout en ne se laissant pas détruire puisqu’elles se savent dépendantes.
C’est la force de leur interdépendance qui suffit à me dire qu’elles seront toujours là.



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